Écrit par aurore

Petit flashback. Nous sommes le 13 mars 2020. L’annonce du confinement est proche. Branle-bas le combat dans les équipes makesense dont un des cœurs de métier est de proposer des ateliers conférences, programmes hors-ligne engageant dans la « vraie vie ». L’idée d’une télévision d’un nouveau genre germe dans les esprits : pourquoi ne lancerait-on pas une plateforme qui propose des émissions interactives, contributives à impact avec des partenaires et des bénévoles. Puis, comment passer de l’idée au concret en 3 jours puis à 14 000 participants en 2 mois ? Comment s’adapter, faire preuve d’agilité et collaborer, relever les défis inhérents au passage à l’échelle ? Bref, qu’est-ce que les équipes ont appris ? Interview de Lola, co-directrice de L’incubateur de makesense et Tom de l’équipe digitale.

 

 

Lola, la cheffe d’orchestre de makesense TV

Que faisais-tu au sein de makesense TV ? Je dirais que j’ai fait un peu de tout. Au début, j’étais plutôt sur création de la TV elle-même, le fameux MVP. J’ai créé un document partagé pour que l’on définisse ensemble le contenu de notre télé collaborative : des premières idées de texte, des visuels tirés d’autres sites, des propositions d’émissions etc. J’ai aussi géré la communication avec notre cible corporate car il fallait annoncer le lancement de la télé et surtout le fait qu’on continuait nos activités mais en ligne ! Ensuite, on est vraiment rentré dans l’opérationnel et il a fallu définir toutes les règles de fonctionnement : qui peut proposer des émissions, où, sur quels thèmes, qui les valide, quel outil de diffusion on utilise etc. J’ai pris le rôle de chef d’orchestre avec l’équipe d’intrapreneurs motivés et volontaires qui s’est montée ! En 3 semaines, on a pu définir tous les process, tester les premières émissions, motiver tout makesense à proposer des émissions, traiter les bugs, lancer la télé à l’international et avoir nos premiers 10.000 participants.

Qu’est ce qui t’a plu dans ce projet ? Dans mon travail au quotidien, j’accompagne des intrapreneurs et des entrepreneurs et je leur répète sans cesse d’appliquer les principes du design thinking, de se lancer même si c’est pas parfait, d’attendre d’être confronté à un problème (et qu’il revienne) avant de définir un processus. Le projet makesense TV m’a permis de mettre tout cela en oeuvre. C’est aussi l’occasion de découvrir des personnes  d’autres équipes avec qui je ne travaille pas du tout au quotidien normalement. Et puis, c’est hyper réjouissant de vivre le fameux « changement d’échelle » quand tu passes de 1000 participants à 10.000 avec toutes les demandes, les bugs à gérer, que tu es sous l’eau. Et avec les bons process mis en place au bon moment avec l’équipe, la charge diminue toute seule alors que le nombre d’utilisateurs continue à augmenter. C’est impressionnant de vivre presque toute le cycle startup sur un temps si court. Bientôt la levée de fond et le rachat ?

Quels sont les défis que tu as rencontrés et comment les as-tu surmontés ? Nous avons eu pas mal de défis purement techniques (comment ajouter des émissions de partenaires, comment faire quand on a dépassé le nombre maximum de participants sur hangout, zoom etc.). Pour les surmonter, je me suis tout de suite appuyée sur les équipes digitales/outils. C’est hyper important de réaliser que ce n’est pas parce qu’on monte un projet qu’il faut tout faire soi-même. Il faut savoir identifier les personnes qui – même si elles ne sont pas dans l’équipe « principale » – vont pouvoir contribuer en te débloquant car ils sont experts d’un sujet. Cela t’évite de devenir expert de tout et au final de perdre de vue l’essence du projet. L’autre gros défis ça a rapidement été la charge : comment tu gères le projet à côté de ton travail quotidien. Même si on a du temps dédié à makesense pour travailler sur des initiatives, ça commençait à représenter beaucoup plus que les 10-15%. Pour réagir, il faut déjà réussir à bien identifier sur quoi on a des besoins pour diminuer la charge, qu’est-ce qui est « délégable » et puis il faut réussir à bien intégrer les nouveaux membres car au final on s’est déjà créé notre dynamique d’équipe.

 3 choses que tu as apprises en contribuant à makesense TV ?

#1 L’impact de la communauté : à makesense on a une communauté de bénévoles et c’est toujours dur d’évaluer à quel point elle est active. Là on voyait les chiffres de participants augmenter chaque semaine grâce à la communauté et au bouche à oreille ! Les talents et passions cachés de chacun : à travers les émissions que les équipes proposaient entre la méditation, la danse, le biomimétisme etc.

#2 L’influence qu’une innovation peut avoir après coup sur notre modèle : c’est en voyant l’intérêt de nombreux participants pour découvrir des actions à mener au profit des plus fragiles que Lauren a décidé de créer le programme ré_action. Nous avions un modèle reposant à 99% sur des événements hors ligne, maintenant nous avons décidé de passer plusieurs de nos formats en ligne même si un jour (bientôt, espérons le) les événements physiques reprendront.

Tom, celui qui a une réponse sur (presque) tous les défis digitaux

Que faisais-tu au sein de makesense TV ?
Je suis dans le pôle digital de makesense, ça fait plus d’un an que je travaille sur la plateforme events.makesense.org qui met en avant les événements de la communauté makesense. Le passage d’événement hors ligne et localisé partout en France et même dans le monde à une TV en ligne fut une expérience très enrichissante. J’ai travaillé sur la mise en place, il a fallu être réactif et surtout flexible, heureusement grâce à notre architecture digitale agile, nos outils entrepreneuriaux et notre expérience à prototyper, nous avons pu monter rapidement la TV. Ensuite, il a fallu s’adapter à un support digital en ligne.

Qu’est ce qui t’a plu dans ce projet ?
La rapidité de réaction, le travail en équipe ! Pas de silo dans les équipes makesense ou dans nos audiences, une TV se lance et nous cherchons à toucher les citoyen.ne.s paumé.e.s en confinement, les collaborateur.ices perdu.e.s en télétravail… Et pourquoi on ajouterait pas les entrepreneur.e.s sociaux victimes de la crise… Et si on lançait non pas une télé en France mais aussi dans nos hubs avec un site en anglais, puis en espagnol… des émissions au Mexique, au Liban, aux Philippines, au Senegal, en Côte d’Ivoire… puis des bénévoles au Maroc, à Lisbonne, en Allemagne, aux Etats-Unies et en Angleterre. La makesense TV est virale ! La preuve ce sont nos spectateurs qui reviennent pour une, deux, trois fois… ou même un spectateur qui cumulait déjà plus de 100 émissions vues en moins d’un mois !

 

Une TV collaborative qui met en mouvement, on ne reste pas d’un côté de l’écran bien longtemps, on est vite à contribution !

Quels sont les défis que tu as rencontrés et comment les as-tu surmontés ?
Lancer des événements en ligne, ça pose des problèmes… Les outils de vision conférence on est pas tous fans mais surtout on s’en lasse et les gens seuls en confinement peuvent s’énerver un peu… Faire le support on pourrait se dire que parfois… ça n’est parfois pas le plus intéressant. Ce qui m’a aidé c’est de rester bienveillant, propre à nos valeurs. On est pas parfait, on essaie de s’améliorer, on apprend…. Et finalement quand on est transparent, qu’on explique que tout marche pas et que malheureusement on sait pas tout faire et bah les gens comprennent et les gens veulent soutenir, aider… Finalement un peu de CNV, une séance de méditation de Loan sur la makesense TV ou un cours de Yoga puis on continue à rester zen, bienveillant et ne pas faire des montagnes ! La fin du monde elle est pas de l’un ou de l’autre, elle est dehors et c’est ensemble qu’on doit s’y attatquer, pour ça il suffit qu’on s’aligne à avancer ensemble.

3 choses que tu as apprises en contribuant à makesense TV

#1 On a tous besoin de connexion humaine et sociale !

#2 Restons bienveillant dans toute situation, on veut tous contribuer au monde d’après, il est important de trouver les bons moyens d’échange.

#3 Il y a tellement de sujets et débats passionnants et c’est pas parce qu’un événement se fait derrière un écran « passivement » qu’il ne met pas en mouvement ! Passons à l’action ensemble en créant des liens les uns avec les autres !